Le visage de Gilles, itinérant à Trois-Rivières

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La vie d'un itinérant...

Le visage de Gilles, itinérant à Trois-Rivières

Si vous savez tout sans savoir ce qu’est la misère de ceux qui souffrent, vous serez, avec toutes vos connaissances, des chefs désastreux pour demain.

(Abbé Pierre)

Ma famille et moi demeurons à Trois-Rivières depuis nombre d’années.  Ce n’est pas mon petit patelin, mais l’endroit où mes enfants fréquentent l’école et moi, mon travail.

Donc, samedi soir (21 janvier 2017), mon fiston décida d’aller souper avec ses amies au Centre-Ville.  Je décidai donc d’y aller avec ma fille.  Il y a un bon petit restaurant avec des prix très alléchants.  Pendant que nous attendions une table, je laissé vaguer mon regard.  Puis soudain, mon regard s’arrêta.  Ce que je vis m’attrista grandement.

Accompagné de son chien, un homme, un itinérant attendait patiemment que les passants lui donnent un peu d’argent ou nourriture.  Malheureusement, il y avait très peu de gens qui passaient.  Rares étaient les offrantes en cette soirée.  Une pensée me vint à l’esprit.  Je n’ai pas beaucoup de sous, mais au prix que sont les menus, je peux bien lui offrir un bon petit repas en quittant.  Finalement, il part avant même que j’ai eu le temps de m’asseoir.

Pendant le souper, je songe à tous les itinérants.  Où dorment-ils la nuit?  Que font-ils?  Pourquoi la famille ne fait rien?  Puis je repense à mon projet.  Depuis quelques semaines, somnole un projet, une idée.  Ramasser des vêtements extérieurs et aller les porter en main propre.  Une façon de s’assurer que les dons de vêtements soient pour les personnes en ayant vraiment le plus de besoin.  Zut!  J’en ai qui traînent par terre dans mon salon.  J’aurais dû les apporter!

Après le souper, tout en nous dirigeant vers la voiture ma fille et moi, j’aperçu un homme assez âgé.  Assis directement à même le sol devant une salle pour spectacles. Un couple lui remet un bon café tout chaud.  Zut et Zut!  Je savais que j’aurais dû apporter mes vêtements.  On est en hiver et il n’a rien pour se protéger du froid. Tout à coup, j’y pense!  J’en ai dans ma valise de voiture.  Auparavant, j’avais rempli un sac avec tuque, cache-cou, gants, etc., au cas où nous tomberions en panne avec ma voiture et qu’il faudrait se tenir au chaud.

Je ne perdîmes pas de temps.  Je fouille dans la valise de ma voiture.  « Pourquoi je n’ai pas de lumière dans ma valise, je n’y vois rien.  En plus, mon sac est noir. Enfin, le voici. »  Je sors les vêtements.  « Youppi!  J’ai deux doudous. Tuque, cache-cou, cache-oreilles, foulard, gants, imperméable; ça ce n’est pas nécessaire. »  Tout en faisant mes recherches ma fille me questionna: « Pourquoi tu sors ça? », « Qu’est-ce que tu veux en faire? »  Alors, je lui répondis tout bonnement:  « Est-ce que tu as bien mangé ce soir?  Oui?  Toi, tu dors où?  Est-ce qu’il fait chaud à la maison? »  Naturellement, elle comprenait le sens de mes questions puisque ce n’était pas la première fois que j’abordais le sujet.

J’ai démarré la voiture et nous nous sommes rendues devant la salle.  Clignotant en fonction.  J’ai sorti de ma voiture et me suis dirigée directement vers l’homme qui est en âge d’être bien au chaud dans une maison pour personnes âgées.  « Tenez Monsieur, une doudou pour vous asseoir dessus. »  Un regard et un merci beaucoup accompagne le geste.  « Tenez un cache-cou. »  Le monsieur laissa sa cigarette par terre le temps de bien s’emmitoufler sous mon regard désolé.  « Pis, un cache-oreilles.  Mettez donc la tuque par-dessus, comme ça, vous oreilles seront bien au chaud (Ah!  C’est moi qui lui mets.  On dirait un enfant.). Mettez le foulard aussi, faut pas que vous attrapiez la grippe.  Tenez, j’ai des gants aussi » (Oups!  Je pense qu’ils sont trop petits.  Fiou!  Réussi). L’homme me remercie et j’ai quitté le Centre-Ville avec ma marmaille pour ma maison.

Itinérant = grande pauvreté!

N.B.:  Plus tard, j’ai appris que l’itinérant s’appelait Gilles.


About Author

Isabelle Lajoie

Maman de 2 magnifiques amours d'ado. Éducatrice en CPE; diplômée du Collège Laflèche à Trois-Rivières en 1994. En 2015, fondatrice et créatrice de Soutien Parental, un site offrant du soutien aux familles tout en répondant à leurs besoins selon l'aspect nécessitant l'aide.

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